par Pipeau » Sam Aoû 08, 2026 05:13
Chapitre 9
Un nouveau départ.
Ce retour à Paris me permis de construire les bases d’une nouvelle vie. Mon nouveau poste constituait à assurer grosso modo une liaison radio entre l’état major et les sous-marins français, fer de lance de notre dissuasion nucléaire. Heureusement pour les sous-mariniers je n’étais pas tout seul à assurer cette tâche et j’étais, vu mon grade, plutôt assigné aux tâches les plus simples en regard d’enjeux qui me dépassaient complètement. Par équipe, nous partions nous isoler pendant 24 heures à des dizaines de mètres sous terre, coupés du reste du monde. Mais une fois cette journée passée c’était 48 heures d’entière liberté qui s’offrait à moi. Et deux jours c’est long. Je pus ainsi rejoindre une bande de vrais dingues de cinéma qui officiaient pour le magazine le plus sympa du monde : MAD MOVIES et assouvir ma passion pour les films les plus cons et débiles de science-fiction, d’horreur, de fantastique ou de gore : Les films Z. Je me suis retrouvé à faire cadreur sur un tournage d’un film complètement lunaire de Richard J. Thomson : Time démon. J’officiais parfois comme électricien pour des courts métrages fauchés d’étudiants en dernière année d’école de ciné. Et puisqu’il me restait encore du temps, je faisais un peu d’achat et de revente de livres traitant de cinéma. Je vivais avec celle qui avait décidé finalement de me supporter. La vie s’écoulait tranquillement.
Et puis un jour Chirac décida que la France méritait une armée d’élite et réduite au minimum. On allait arrêter le service militaire et prendre les nons bacheliers juste pour des contrats de 5 ans pour leur faire faire la merde dont on ne pourra pas se passer. Mais les vrais soldats du futur devraient avoir avec le bac pour prétendre à une vraie carrière militaire. Bon, ok. Et pour les mecs comme moi ? Sans le bac mais déjà bien avancé dans le bordel ? 15 ans pas plus et tu te barres. Tu sais quoi, je pense qu’on va se dire au revoir avant. Je suis calmé, j’ai compris pas mal de choses et j’ai bien envie d’aller jouer dans le monde des civils pour de vrai.
Cours du soir et CNED, me voilà à bûcher comme un forcené de prépa. Pas facile. Pourtant mes ambitions sont simples : rattraper un niveau bac, passer le concours d’entrée à l’école infirmier pour le devenir trois ans et demi plus tard.
Ma douce a dit un jour à quelqu’un en me présentant : « après les avoir cassé, il a un jour décidé de réparer les gens ». Après quelques longues mais longues mais très très longues secondes de malaise et de silence, je me suis dit qu’elle aurait mieux fait de se taire mais avait peut être compris un truc qui moi m’avait échappé. Comme je suis pas du genre à m’allonger sur un canapé en face d’un mec qui prend des notes, je dirais plutôt que c’était le boulot qui avait le plus de sens pour moi. Plus simple et moi tortueux.
Allez comprendre, sur trois concours d’entrée, deux écoles voulaient bien me prendre comme étudiant. A 27 ans j’allais enfin poser mes fesses dans un amphi.
Chapitre 10.
45 frangines.
Mon premier mois d’étudiant fut un véritable enfer. Je n’avais aucun code social adapté face à 45 nanas et 4 mecs de vingt et quelques années sortants pratiquement tous du lycée. Je ne savais pas prendre un cours et encore moins faire une fiche de synthèse. Je comprenais la moitié de ce que les profs racontaient. J’avais fait la plus grosse des conneries. Et puis sans doute par pitié, certaines me proposèrent à la fin de chaque cours leurs notes. Je pus ainsi le soir, reprendre mes cours, recopier leurs charabias et comprendre comment synthétiser le tout en une fiche. Une journée de cours finissait pour moi vers 2 heure du matin. Pas simple mais efficace. Au fil de l’année les 4 mecs lâchèrent l’affaire et je me retrouvais le seul représentant du sex dit fort. Et bien là aussi j’allais apprendre pas mal de choses. Une fois qu’elles comprirent que tout roulait dans ma vie affective et que je n’étais pas un putain de prédateur elles m’acceptèrent pleinement. Et je peux vous dire qu’elles sont fortes les nanas mais à un point inimaginable. Elles me balançaient leur quotidien fait d’interpellations venant d’inconnus dans les transports communs, dans la rue, au supermarché. Souvent lourds mais parfois menaçants, toxiques. La rue pour elles est un véritable parcours du combattant.
Sans filtre, elles racontaient leurs histoires de coeur et je me marais intérieurement quand je voyais le futur ex, le pas trop doué, le trop rapide, l’expert en câlin ou le trop timide les attendre à la sortie des cours. Ma team resserrée de révision était constitué de trois vrais reines de la vanne. Durant ces années nous nous sommes jamais lâchés et on s’est tous portés mutuellement dans les moments les plus compliqués. Ainsi une a pu se débarrasser d’une salle habitude qui commençait à lui perforer les narines et la rendre parano. Une autre à remis la maternité à plus tard entourée des trois autres unis comme jamais. À quatre on est plus fort.
Une fois mon diplôme en poche, trop fier, je suis parti faire l’infirmier en service de réanimation. Là en deux ans j’appris mon nouveau métier mais aussi sur l’être humain, la maladie, la solitude, la force de l’amour, la résistance, la peine, la douleur, l’espoir, la dignité, la pudeur, la colère, la rage, l’injustice, la richesse intérieur, la peur, la méchanceté à l’état pur, la folie, la guérison et la mort.
Niveau petite famille nous étions passés, pour notre plus grand bonheur, à trois. Un jour ma femme pour des raisons professionnelles m’a dit : on va habiter à Bordeaux ? Moi me rapprocher de la plus belle route du monde ça me disait bien. J’allais pouvoir la montrer à mon fils. Banco.