Le jour où j’ai arrêté le surf.
Chapitre 1.
La plus belle route du monde.
Au peu de monde à qui j’ai pu raconter cette histoire j’ai toujours dit qu’elle se déroulait au mois d’avril. Dans mon souvenir la luminosité, la température, le vent, l’ambiance générale correspondent à ce mois précurseur des beaux jours. Au volant, je revois encore les traits de lumière percer la forêt pour venir taper mon pare-brise. Ce jour était particulier. C’était la première fois où j’allais m’aventurer seul à l’océan. D’habitude j’étais au minimum accompagné d’un des trois mecs qui m’avaient pris sous leurs ailes, chacun à sa manière, dans la découverte de cette pratique tellement ingrate. Olivier, Frédéric et Thibault.
La réalité du surf est loin des images vendues par le business de la glisse depuis des années qui promettent à n’importe quel idiot qui veut le croire que le surf est accessible. Encore plus fort : Tu peux rentrer dans la grande communauté des gens les plus cools du monde si tu te transformes en panneau publicitaire à grands renforts de tee-shirts, bermudas, claquettes façonnés par des personnes venues des régions les plus pauvres d’Asie et qui ne verront jamais une vague de leur vie. Rejeter le monde capitaliste pour la grande communauté éprit de liberté et de grands espaces en remplissant les poches d’actionnaires qui comptent également dans leurs portefeuilles des actions de grands groupes pétroliers. Comme à chaque fois on a réussi à transformer un rêve de liberté en business plan. Les vagues de l’océan ont rejoint les courbes des bourses mondiales. Certains parleront de démocratisation, j’y vois la capitalisation d’une pratique ancestrale. Je m’efforçais donc grâce à ces trois mecs devenus plus tard des amis de rejoindre ce grand groupe de doux rêveurs qui l’espace de quelques secondes tentent de s’offrir cette sensation inexplicable. Un parfait équilibre entre l’eau, la vitesse et une impression de légèreté. Une harmonie des éléments : l’eau et le vent. Mais ce gral ne s’atteint pas facilement. Combien d’échecs, de barres infranchissables, de placements aléatoires, de vent d’ouest écrasant tout sur son passage. De priorités cédées, de mauvais choix de vague ou de planche, de séries manquées pour une prochaine jamais venue. Ces trois mecs m’avaient donc entraînés dans leur quête de cette sensation qui nous faisaient partir aux aurores pour parfois constater que rien n’était surfable ou au contraire admirer des lignes parfaites venues du fin fond de l’horizon mais que mon niveau ne me permettait pas de jouir.
Ce jour là était donc pour moi celui de l’émancipation. J’avais décidé de surfer seul. Parti d’une maison silencieuse, femme et enfants encore endormis, je me retrouvais rapidement sur la plus belle route du monde. Celle qui s’échappe de Lège pour s’enfoncer dans une forêt plus sauvage que nos pinèdes trop alignées et malheureusement trop vulnérables.
Cette route je l’avais toujours connue. Et elle était vraiment la plus belle du monde. Mes enfants attendaient toujours le moment, deuxième virage à gauche, où je disais : c’est vraiment la plus belle route du monde. Et je le pense vraiment. Elle serpente entre les arbres pour une promesse toujours tenue: l’océan au bout. A chaque fois que je suis ses courbes je suis subjugué par cette nature et les images qu’elle nous offre. Mon rêve est qu’un jour, mes enfants, au volant de leur voiture, un sourire aux lèvres disent aux leurs : c’est vraiment la plus belle route du monde.
Chapitre 2.
Ma première planche…… à voile.
D’aussi loin que remonte mes souvenirs d’enfance estivaux il y’a le Bassin d’Arcachon. Ares pour mes premières années avec sans doute l’été le plus important : 1976, j’ai 7 ans et je réussi pour la première fois de ma petite vie à faire du vélo sans roulette dans un jardin écrasé par une canicule qu’on évoquait comme référence il n’y à encore pas longtemps. Avant la grande fuite en avant climatique. Mon grand père, ancien mécano embarqué sur un bombardier de l’armée de De Gaule était ce que j’appelle encore, même à notre époque où ce genre d’appellation tombe sous un amas de jugements bienpensants,un bonhomme. Bourré d’un charisme à faire bouger les murs d’une pièce quand il y rentrait, tout ce qu’il pouvait dire devenait automatiquement vrai et ne souffrirait d’aucune contradiction. Il savait rassembler autour de lui toute sa famille pour deux mois dans une grande maison donnant directement sur le bassin. Ainsi, cousins, tante, parents, amis se retrouvaient pour partager cris, rires, secrets, engueulades, jalousies, tendresse, non dits, preuves d’amour et tout ce que l’on peut trouver dans une famille aussi dysfonctionnelle que dans toutes les autres familles normales.
Cet homme, aujourd’hui disparu de chagrin à la mort d’un de ses petits-enfants, m’appris très tôt la mer. Dans sa barque équipée d’un moteur trop puissant ils nous emmenait moi et mes cousins poser les filets aux embranchements des chenaux du bassin. Parfois à marée basse nous allions nous échouer délibérément sur la vase pour pêcher à coups de foëne les anguilles que ma grand mère nous préparait ensuite en salade.
Mais cet homme, toujours en mouvement eu un jour une idée bien particulière. Se fabriquer sa propre planche à voile. Et tant qu’à faire 4 planches à voile. Comme je regrette de ne pas l’avoir bombardé de questions quand j’en avais la possibilité. Je ne saurais jamais d’où venait, l’envie,, l’idée et le moule mais il passa tout un hiver à façonner une planche pour lui, deux pour ses gendres et une pour moi.
J’avais bien mon petit zodiac équipé d’un moteur 49.9 qui me permettait moi dès mes 12 ans accompagné de mon plus jeune cousin de sillonner les bords du fond du bassin. Mais avec cette planche un nouveau bassin d’Arcachon s’ouvrait à moi. Celui des défis.
Mon grand père m’acheta en raison de mon petit gabarit une voile tempête. Et nous nous lançâmes, souvent que tous les deux, mon père et mon oncle beaucoup moins attirés par l’aventure, à passer l’essentiel des marées hautes d’Andernos à essayer de maîtriser nos engins.
Nous avions changé de maison fini Ares pour la ville d’à côté Andernos. Cet été de mes 13 ans fut celui des révélations. Celui de la glisse. A la fin du mois d’août j’étais capable de naviguer sur la tranche, un pied sur la dérive, un mastodonte en bois qui devait bien peser deux kilos, faire des changements de bords digne d’un acrobate chinois. L’autre révélation fut les voisines. Comment j’avais jusque là put passer à côté de ce monde magique, mystérieux. L’été de mes 13 ans s’acheva par une maîtrise de ma réplique de la planche bic et la promesse d’un été prochain accès sur d’autres univers : les copains et surtout les copines. D’autant plus qu’un de mes grands cousins qui habitait Andernos, Williams, le surfer de la famille, semblait d’un coup découvrir mon existence.

et partager d autres aventures ! Pour moi , ça a toujours été le gars qui a vécu 20 vies dans une vie .. On s est pas vus depuis un bail mais je suis sur que quand on se reverra , ce sera comme si on s etait quittés la veille
