Mon syndrome du tunnel …
Je crois bien que je navigue depuis maintenant quelques années dans ce tunnel, plus ou moins profondément mais je n'en sors pas ou jamais très longtemps…
D'abord retour en arrière sur mon histoire surf…
2001, j'arrive d'une région ou quand on parle d'océan c'est simplement synonyme pour moi de crabe, bronzette et mal de mer… Mon arrivée en Gironde est un hasard ou plutôt une simple opportunité professionnelle, juste avant j'étais à l'opposé exacte géographiquement de la Gironde pour mes études.
Donc dès mon arrivée, je m'achète une première planche et joue dans les vagues sans chercher pour autant à m'investir ni comprendre les clefs de succès de ce jeu de plage… mais çà passe le temps et sur un malentendu çà permet d'impressionner la gente féminine

Je "surfe" ainsi 10 fois max par été mes 2 premières années avant qu'un pote me prenne un peu en charge et tente de voir si mon cas est ou non désespéré… Quelques conseils plus tard sur les bases du surf, la météo et le matériel, je prends enfin des semblants de vague, j'aime çà et j'en redemande…
L'entrée du tunnel !
Les sessions se rapprochent, je progresse, surfe de plus en plus et rencontre beaucoup de monde autour de cette passion… Je me rends compte que je peux voyager en France ou ailleurs avec comme fil conducteur mais pas uniquement le surf, c'est une révélation et je me sens bien dans ce tunnel !
Ma vie sentimentale, à ce moment, est très aléatoire car effectivement, je ne fais strictement aucun effort pour mettre de côté le surf au profit d'une relation amoureuse…
Je continue à surfer de plus en plus, en rêve la nuit, pense au surf à longueur de journée, je veux progresser… la sortie du tunnel a disparu !
Je rencontre plus tard ma douce qui n'est pas intéressée particulièrement par le surf (ce qui ne me gène pas fondamentalement) mais à la différence d'autres, elle a compris que le surf fait partie de mon équilibre, que sans lui, je ne suis pas le même et que finalement à quelques compromis près, même s'il rythme ma vie, n'empêche pas notre vie de couple de s'épanouir !
Facteur facilitant, nous adorons l'un comme l'autre les voyages, les WE ou vacances en fourgon et l'aquitaine, notre terre d'accueil…
Nous avons l'un et l'autre notre jardin secret (le surf pour moi) que nous respectons en tant que tel et le couple n'en subit pas de préjudices graves même si parfois les compromis s'imposent (et me rappelle parfois que ce foutu tunnel a une forme d'entonnoir qui me précipite de plus en plus profond)…
Arrive un projet commun d'achat et de rénovation de notre premier appartement, nous n'avons pas un rond de plus que ceux dépensés dans les murs, le notaires et les matériaux nécessaires à la rénovation, je dois faire tous les travaux seul, je n'ai d'autre solution que d'arrêter le surf pendant près de 6 mois…
Je me retrouve propulsé 6 mois plus tard hors du tunnel non sans avoir essuyé des périodes un peu dures mais pas insurmontables !
Je reprends ensuite le surf encore plus intensément, multiplie les voyages et les rencontres, j'ai replongé en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire !!!
Arrive ensuite une volonté de changer de direction professionnelle, s'offre à moi plusieurs opportunités et je mentirai si je disais que le surf n'avait pas arbitré mon choix… En effet, à projets professionnels équivalent en termes d'intérêt, j'ai préféré me diriger vers celui qui me permettrait de continuer à vivre mon surf et m'autorisant à adapter mes horaires en conséquence (çà c'était avant que l'activité ne se développe et que mon emploi du temps m'oblige à poser mes congés pour surfer - rare sont les fois ou je peux organiser mon travail et prendre sur mon temps de boulot ces derniers temps)… J'ai aussi eu l'occasion de refuser des propositions salariales alléchantes (d'autres employeurs) pour continuer cette vie rythmée par les sessions… Le tunnel a changé mes priorités professionnelles…
Une blessure de surf me sortira de force de l'eau pendant près de 6 mois (rupture des ligaments)… Je l'ai vécu comme un calvaire et en stressant de ne pas être près pour notre voyage au Mentawai qui était prévu depuis longue date… Malgré cette blessure, je suis resté au fond du tunnel…
Ce voyage s'est passé, d'autres ont suivi… Le syndrome ne s'est pas aggravé mais les symptômes se sont tatoués presque de façon indélébile en moi…
Aujourd'hui, même si je peux dire que le surf m'a marqué au fer rouge, j'ai appris à prendre du recul et j'ai aussi un regard critique sur ce que je suis devenu grâce et à cause de cette passion dévorante !
J'ai revendu mon appartement et acheté récemment une maison en acceptant une nouvelle fois de mettre le surf entre parenthèse (j'ai à peine surfé 7 ou 8 fois depuis le mois de juin), la maison est par contre plus près de l'océan (condition sinequanone de la revente et de l'implication que me demande les travaux)…
Je crois aussi me rendre compte que depuis que ma progression stagne (1 an ), je me laisse moins facilement aspirer par le tunnel !
Et enfin dernier point important qui pour moi a été une révélation, j'accepte plus facilement aujourd'hui de louper des sessions pour passer du temps avec mes amis non surfeurs (ou surfeurs d'ailleurs) !
En effet, comme tout le monde j'imagine, mes potes occupent une place très importante dans ma vie, et je me suis rendu compte il n'y a pas si longtemps que j'étais devenu un mauvais ami car tout était conditionné par le surf et je vivais mal le fait de louper des sessions pour d'autres occasions avec mes amis…
Demandez à vos potes surfeurs de s'engager à venir vous aider à déménager… Tous accepterons surement mais tous trainerons les pieds, j'en suis sur…
C'était devenu franchement pesant pour moi et aujourd'hui je crois avoir muri sur ce point et ne me prend plus la tête avec le surf quand l'occasion de retrouver mes amis se présente !!!
Bref, je me sens bien dans le tunnel, je me suis rendu compte que les périodes d'après sevrage forcé sont délectables, que les interruptions sont plus ou moins dures selon les motifs mais le surf est vraiment une des plus belles chose qui me soit arrivé et j'espère bien en reparler avec autant de passion et tenir le même discours dans 20 ans…
PS : Je n'ai pas d'enfants et comprends aisément que les nains peuvent changer une vie de surfeur !